Passer à un autre poste ne dépend plus uniquement de la maîtrise de compétences techniques, mais également des dispositifs permettant d’encadrer la progression professionnelle. Le Passeport de Développement de l’Employabilité (PDE) se retrouve aujourd’hui au cœur des démarches d’évolution et d’adaptation sur le marché du travail. Salariés et employeurs disposent, à travers ce document, d’un outil structurant pour piloter les trajectoires professionnelles.
Cadre réglementaire et obligations du PDE dans la mobilité professionnelle
Le Plan de Déplacements Entreprise (PDE), que l’on appelle aujourd’hui souvent Plan de Mobilité Employeur (PdME) ou Plan de Mobilité Employeur (PDM), s’inscrit dans une démarche réglementaire visant à optimiser les déplacements liés à l’activité professionnelle. Depuis la Loi d’Orientation des Mobilités (LOM), entrée en vigueur en 2020, certaines entreprises ont l’obligation de mettre un PDE en place, notamment celles qui ont plus de 50 salariés sur un même site ou qui se situent dans une zone couverte par un Plan de Déplacements Urbains (PDU) en France. A titre de comparaison, la région bruxelloise impose cette obligation depuis 2004 aux entreprises ayant plus de 100 travailleurs sur un même site. L’objectif poursuivi est de réduire l’empreinte environnementale des trajets domicile-travail et ainsi qu’améliorer la qualité de vie des salariés.
Ce dispositif implique une analyse des modes de déplacements utilisés par les collaborateurs et la mise en place d’actions concrètes pour favoriser des alternatives à la voiture individuelle, comme le covoiturage, le vélo, les transports en commun ou encore le télétravail. Ce type de plan peut être élaboré sous différentes formes : plans mono-site, multi-sites ou plans inter-entreprises. L’employeur doit également inclure le PDE parmi les thématiques soumises aux négociations annuelles obligatoires (NAO) concernant la qualité de vie au travail , ce qui lui confère ainsi une portée plus large que la gestion logistique.
Le respect de la réglementation est contrôlé par les collectivités (notamment les collectivités territoriales), ainsi que par l’Autorité Organisatrice de la Mobilité (AOM), auprès de laquelle le plan doit être déposé. En cas de non-respect, les conséquences sont différentes selon les acteurs : si en France il n’y a pas d’amende à proprement parler, l’entreprise peut perdre des aides de l’ADEME, tandis qu’à Bruxelles les sanctions peuvent atteindre 50 000 à 100 000 €. Toutefois, le PDE doit avant tout être considéré comme une véritable chance d’innovation sociale et environnementale. C’est donc un outil stratégique à la croisée des enjeux RH, RSE et mobilité urbaine.
Comment se déroule l’élaboration et la mise en œuvre d’un PDE ?
L’élaboration d’un PDE débute par un diagnostic des habitudes de déplacements des salariés, réalisé à partir d’enquêtes internes, d’entretiens et de l’analyse des infrastructures existantes. La collecte de données, le rapport d’accessibilité et les enquêtes salariés entrent également dans cette étape. L’objectif est de pouvoir identifier les besoins, les freins et les opportunités en matière de mobilité propres à chaque structure et son environnement géographique.
Les étapes clés de la démarche sont : la désignation d’un responsable, la constitution d’un comité de pilotage puis la définition d’objectifs mobilité. Après le diagnostic, l’entreprise élabore un plan d’action qu’elle priorise selon ses spécificités : incitation au covoiturage, stationnements pour vélos, participation aux abonnements transports collectifs, mise en place de navette interne, aménagement des horaires… Le succès du PDE repose sur la concertation avec les salariés et le partenaires sociaux ainsi que sur l’implication des parties prenantes à chaque étape de la démarche afin de garantir l’adhésion et la pertinence des mesures proposées. En Belgique par exemple, des enquêtes fédérales régulières permettent de suivre l’évolution des pratiques.
La mise en œuvre du PDE s’accompagne d’une communication interne transparente ainsi que d’une phase de formation pour sensibiliser l’ensemble des collaborateurs aux nouvelles pratiques mobilité. Un suivi régulier avec indicateurs de performance et évaluations permettra ensuite d’ajuster les actions menées pour garantir la pérennité du dispositif. L’évaluation des résultats via des bilans annuels inscrira le PDE dans une démarche d’amélioration continue avec une adaptation constante aux retours et aux besoins.

Mesures et leviers pour favoriser la mobilité durable en entreprise
Pour encourager la mobilité durable, les entreprises disposent d’un large choix de leviers en fonction de leurs spécificités et de leurs besoins. Parmi les principales actions que les organisations peuvent mettre en place pour favoriser des déplacements plus écoresponsables et améliorer la qualité de vie au travail, on peut citer :
- Aménagement d’espaces de stationnement sécurisés, comme des pistes cyclables internes, des abris à vélos sécurisés et des bornes de recharge pour les véhicules électriques.
- Mise en place d’aides financières telles que les indemnités kilométriques vélo, le forfait mobilité durable, les subventions à l’achat ou à la location de vélos à assistance électrique (VAE) ou encore la prise en charge partielle des abonnements de transports en commun.
- Développement de solutions collaboratives, par exemple via une plateforme de covoiturage interne ou une application mobile dédiée au covoiturage, avec une assistance logistique pour l’organisation des trajets partagés.
- Flexibilisation du temps de travail et adaptation des plannings pour faciliter le covoiturage et réduire les pics de circulation aux heures de pointe.
- Promotion de l’autopartage, par la mise à disposition de véhicules partagés dans l’entreprise ou via un partenaire externe.
- Actions sensibilisation /formation : campagne d’information sur les bénéfices environnementaux et économiques du changement vers une mobilité durable, ateliers pratiques sur l’entretien du vélo ou encore la sécurité routière…
- Encouragement au télétravail via une politique flexible qui limite les déplacements domicile-travail et favorise donc la baisse des émissions liées aux transports.
- Collaboration avec les collectivités locales pour le développement de lignes dédiées aux entreprises et négociation avec les opérateurs pour obtenir des tarifs préférentiels et/ ou des services adaptés aux besoins des salariés.
- Suivi et évaluation des pratiques avec la mise en place d’indicateurs pour mesurer l’impact des actions mises en œuvre et ajuster les politiques mobilité durable en fonction des retours utilisateurs.
Ces mesures combinées permettent non seulement de réduire l’empreinte carbone des déplacements professionnels, mais aussi d’améliorer le bien-être et la cohésion sociale au sein des équipes. En engageant une démarche progressive et concertée, les entreprises contribuent activement à la transition écologique tout en renforçant leur attractivité et leur responsabilité sociétale.
Quels sont les enjeux, les bénéfices et les perspectives concernant les employeurs et les salariés ?
«L’effet PDE» répond à de nombreux enjeux d’ordre social, économique et environnemental. Parmi ces enjeux prioritaires se trouvent la réduction des émissions de gaz à effet de serre (objectif : -40% entre 1990 et 2030), la limitation de la congestion routière, l’amélioration de la ponctualité et la réduction du stress. Pour les employeurs, il s’agit aussi d’améliorer l’attractivité de l’entreprise, de fidéliser les collaborateurs mais également de participer activement à la réduction de l’empreinte carbone collective. Mais un PDE bien mené peut aussi réduire le stress et donc l’absentéisme tout en optimisant les coûts liés à la mobilité (parkings, remboursements, accidents, arrêts maladies…).
Du côté des salariés, les bénéfices sont réels : gain de temps et économies financières considérables, baisse de la fatigue liée aux trajets domicile-travail ou emploi-formation sur des modes transport doux ou actifs favorisant leur santé (marche, vélo…), accès à des dispositifs incitatifs… Mais au-delà des gains individuels liés à une démarche gagnant-gagnant, le fait de contribuer à une démarche responsable avec son employeur, le dialogue créé autour du PDE favorise l’engagement collectif et la cohésion d’équipe. Le résultat est une amélioration significative de la qualité de vie au travail.
Et demain ? L’intégration croissante des innovations technologiques dans le monde du travail, l’essor des mobilités douces ou actives mais également l’évolution des attentes sociétales placent le PDE au cœur d’une transformation profonde des modes de travail. En parallèle du bilan carbone dans le cadre de la transition écologique, le plan mobilité ne sera plus un simple outil réglementaire conforme aux évolutions législatives mais un véritable levier stratégique pour construire dès aujourd’hui l’entreprise résiliente et attractive qui prendra en compte ses impacts sur son environnement et la société toute entière.